La dépression demeure un sujet tabou sur lequel bien des idées reçues persistent malgré les efforts des spécialistes de santé mentale. Si aujourd’hui encore on peine à désigner clairement ce qu’est la dépression, c’est peut-être aussi parce qu’il est difficile de dire ce qu’elle n’est pas. On vous propose donc un petit portrait de la dépression par la négative en détaillant 5 choses que la dépression n’est pas.

1. La dépression n’est pas la déprime

Les deux distinctions majeures : l’intensité et la durée

Bien que les deux mots soient proches, ils désignent des réalités très différentes et que l’on confond souvent.

La dépression est une maladie de l’humeur caractérisée par un mal-être quasi-permanent, envahissant et handicapant dans tous les domaines de la vie. Même si elle peut être périodique (on parle d’épisode de dépression), la dépression se caractérise par la pérennité de ses effets : au moins supérieur à quatre semaines.

La déprime, elle, n’est pas définie médicalement. En outre, la différence majeure avec la dépression réside dans le fait que la déprime relève du court terme.

On les confond souvent car leurs symptômes sont proches :

  • troubles de l’appétit
  • troubles du sommeil
  • apathie
  • troubles de la concentration
  • pensées morbides
  • etc.

Face à ces troubles, il est donc capital de prendre en compte la durée et l’intensité !

Pourquoi cette distinction est importante ?

À cause du tabou qui règne autour des questions de santé mentale, on n’ose souvent pas parler de son mal-être et, lorsqu’on le fait, on peut avoir tendance à le minimiser en parlant, par euphémisme, de déprime, mélancolie, blues, spleen, etc.

Il faut donc bien se demander quels maux se cachent derrière les mots que l’on utilise pour décrire sa santé mentale !

Dans un cas comme dans l’autre, il est souhaitable que nous puissions normaliser le fait d’en parler. Libérer la parole peut être en soi porteur d’un mieux-être, mais cela permet aussi de mieux détecter le mal ou ses risques et de les traiter. 

En santé mentale comme en santé physique, agir au plus tôt c’est agir mieux, plus rapidement et plus efficacement.

2. La dépression n’est pas le burnout

Parce qu’ils ont plusieurs symptômes semblables, la dépression et le burnout peuvent souvent être assimilés l’un à l’autre : stress, angoisse, épuisement physique, cognitif et émotionnel, idées noires, insomnies, etc. On appelle même parfois le burnout la « dépression du travailleur ».

Or dépression et burnout sont deux troubles bien distincts.

La cause du trouble

Ce qui distingue avant tout la dépression du burnout, c’est que ce dernier émane toujours de la sphère professionnelle. On peut ainsi être dans un mal être profond au travail mais être épanoui dans sa vie privée. 

Cela signifie donc que le burnout est avant tout un dysfonctionnement du collectif (de travail) et non pas de l’individu.

La dépression quant à elle concerne tous les aspects de la vie d’un individu : c’est un mal plus global, multifactoriel et donc plus complexe à démêler.

Une dynamique différente

Dépression et burnout répondent en outre à des logiques différentes. Métaphoriquement :

  • la dépression c’est le renoncement à se battre,
  • alors que le burnout découle au contraire d’une trop forte ardeur à essayer de dépasser ses limites.

La dépression est une maladie, le burnout un syndrome

 La dépression est une maladie qui figure dans le DSM-5 (« Diagnostic and Statistical Manuel of Mental Disorders » publié par l’Association américaine de psychiatrie) et dans le CIM-10  (« Classification Internationale des Maladies », publiée par l’OMS), soit les actuels ouvrages de référence qui décrivent et classifient les troubles mentaux.

Le burnout, quant à lui, est un syndrome (de l’épuisement professionnel), soit un ensemble de signes cliniques et de symptômes. En outre, le burnout ne figure ni dans le DSM-5 ni dans le CIM-10.

3. La dépression, ça ne « finit pas par passer »

Bien que les choses tendent à lentement évoluer, on a tendance à considérer avec moins de sérieux et de gravité les troubles mentaux que les troubles physiques : « tu t’écoutes trop », « ça va passer », « aie un peu plus de volonté », etc.

Le tabou socio-culturel autour de la dépression

Ce manque de prise au sérieux tient bien sûr aux tabous socio-culturels qui règnent autour des questions de santé mentale.

D’une part, exprimer son mal-être est facilement assimilé au fait de se plaindre, ce qui est généralement mal vu.

D’autre part, des expériences ont été normalisées dans l’inconscient collectif : d’une manière ou d’une autre, nous avons intégré l’idée qu’il était normal d’être fatigué, de travailler très tard, qu’un homme ne parle pas de ses émotions… On a même l’impression que cela relève d’une compétition, parfois même d’une certaine forme de fierté.

La dépression : un mal plus facile à nier qu’à accepter

Mais l’idée que les problèmes de santé mentale ne sont pas si graves tient aussi au fait que cela apporte un certain réconfort : y faire face est souvent plus difficile que de fuir le problème.

En outre, il faut aussi bien voir que ne pas vouloir parler de sa santé mentale relève peut-être souvent de la peur de ne pas être écouté. Lorsqu’un individu réussit à aborder ces questions, c’est qu’il a accepté l’idée de se faire aider. Or voir cette demande d’aide délégitimée et refusée peut être assez violent car cela renforce l’idée que le problème vient de la personne elle-même, qu’elle est intrinsèquement défaillante… Une idée dévastatrice qui ne fait qu’accentuer le mal !

La question de la résilience

La résilience est le fait de pouvoir résister aux épreuves et d’en tirer parti pour se renforcer : une qualité généralement très valorisée. Face aux difficultés d’ordre mental, comment savoir où finit la résilience et où commence la nécessité de parler de son trouble ?

Il faut bien garder à l’esprit que les individus sont uniques et donc que chacun aura une tolérance différente à une même situation. La question de la souffrance est éminemment individuelle : ce qui va faire souffrir une personne va peut-être ne rien faire à quelqu’un d’autre… et ce n’est pas un aveu de faiblesse, au contraire !

Un individu est la seule personne à même de dire s’il peut supporter une situation ou bien si cette dernière le submerge. Trop souvent, nos curseurs sont définis non pas par nous-mêmes, mais par les autres : parce que l’on se compare, parce que l’on ne veut pas décevoir, parce que l’on a peu de modèles qui osent exprimer leur souffrance, etc.

D’où la nécessité de savoir s’écouter, de se connaître soi-même, de connaître ses limites et d’accepter ses émotions qui sont les premiers indicateurs de notre bien/mal-être.

4. La dépression, ce n’est pas juste « dans la tête »

Les caractéristiques neurophysiologiques de la dépression

La dépression est une maladie pour laquelle le psychique et le physique sont extrêmement liés.

Ainsi, chez les personnes dépressives, certaines parties du cerveau sont moins actives. Le sens du rapport de causalité est néanmoins difficile à établir : est-ce cette moindre activité qui provoque la dépression ou bien la dépression qui engendre cette moindre activité ?

Particulièrement, on observe chez les personnes dépressives un déséquilibre cérébral au niveau du fonctionnement de plusieurs neurotransmetteurs, notamment :

  • la sérotonine, qui équilibre le sommeil, l’appétit et l’humeur,
  • la norépinephrine, qui a un effet sur l’attention et l’humeur,
  • la dopamine, qui régule l’humeur et la motivation.

C’est en outre parce que la dépression possède une expression physiologique que l’on peut prescrire des antidépresseurs pour la traiter : de manière artificielle, ces derniers vont aider à réguler le fonctionnement de ces neurotransmetteurs et la sécrétion de certaines hormones.

Néanmoins, les antidépresseurs ne guérissent pas la dépression, preuve que cette maladie est multifactorielle.

Les conséquence somatiques de la dépression

Outre la biologie de la maladie en elle-même, la dépression a aussi des conséquences sur la santé physique par les comportements qu’elle provoque : sédentarité, sous-alimentation, alcoolisme, etc.

Également, la difficile introspection que demande le traitement de la dépression peut mener à réprimer des émotions auxquelles il est difficile de faire face. Or telles répressions peuvent se manifester par des douleurs physiques : c’est la somatisation.

5. Les causes de la dépression ne sont pas uniquement environnementales

Selon certains chercheurs, certaines personnes seraient plus à même à la dépression du fait de… leur patrimoine génétique ! Certains gènes rendraient ainsi leurs porteurs plus à risque de dépression.

On estime ainsi qu’une personne dont l’un des deux parents a souffert d’un épisode dépressif majeur présente 2 à 4 fois plus de risque d’être dépressive que la population générale.

Néanmoins, il n’y a pas de fatalité : la dépression relève toujours d’une pluralité de facteurs (biologiques, psychologiques, environnementaux, sociaux, etc.) qu’il est impossible de séparer les uns des autres. Ainsi, les mutations génétiques favorisant la dépression peuvent rester dormantes si elles ne rencontrent pas un contexte qui permettra leur expression, c’est-à-dire qui ne les « déclenchent » pas.

Attention néanmoins, si des facteurs génétiques peuvent avoir une part dans le fait de développer ou non une dépression, cette dernière n’est en rien une maladie héréditaire !

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« Dépression, burnout, maladie… et si on levait les tabous au travail ? »