Le souci du salarié est un thème omniprésent dans les problématiques RH actuelles. Pour penser et répondre à ce sujet, on rencontre fréquemment deux concepts : la Qualité de Vie au Travail et le Bien-Être au Travail. Un même sujet mais deux expressions différentes. Si la distinction lexicale semble indiquer une évidente distinction sémantique, la réalité est un peu plus complexe.

Une différence lexicale

La première différence vient des mots qui composent ces deux expressions. 

Un bien-être plus subjectif…

D’un côté, nous avons le « bien-être » qui, selon le dictionnaire TLFI, est un « sentiment général d’agrément, d’épanouissement que procure la pleine satisfaction des besoins du corps et/ou de l’esprit. » Du fait qu’il s’agisse d’un sentiment, l’accent est donc mis sur l’individu, sa perception et donc sa subjectivité.

… contre une QVT plus objective ?

De l’autre côté, nous avons la « Qualité de Vie au Travail ». Au singulier, la « qualité » est ici « la valeur bonne ou mauvaise d’une chose », en l’occurence, du travail.
La « valeur » est elle-même « la mesure d’une grandeur, d’une quantité variable » / le «  caractère mesurable prêté à un objet », ici à la vie au travail.
Puisqu’il s’agit de mesure, il s’agit donc de chiffres et de quantification.

De ce fait, la QVT semble alors plus tendre à l’objectivité. En outre, si l’individu est bien entendu une composante essentielle de la vie au travail, cette dernière intègre bien d’autres paramètres qui le dépasse : le cadre organisationnel par exemple.

Que privilégier ?

Ainsi, si l’on s’en tient au lexique, le bien-être au travail recouvrerait une dimension plus individuelle et subjective, alors que la qualité de vie au travail serait elle plus globale et objective.

C’est sous le prisme de cette distinction que des critiques ont pu être faites à l’encontre du bien-être au travail. Ainsi, on a pu dire que le bien-être ne s’attaquait pas aux problèmes de fond tels que les conditions de travail ou l’organisation du travail, ou encore qu’il n’était qu’un écran de fumée destiné à rendre acceptable des mesures socialement difficiles.

Bien-être au travail et Qualité de vie au travail : quelles définitons ?

Toutefois, la définition des notions de QVT et de bien-être au travail dépassent très largement le sens des mots qui les composent. À tel point qu’il n’existe pas de définition unique de ces concepts, preuve de leur malléabilité et, nous allons le voir, de leur perméabilité.

La Qualité de Vie au Travail

La marguerite QVT de l’ANACT

Parmi la pluralité des définitions qui ont pu être données de la QVT, celle de l’ANI sur la QVT de 2013, le premier texte à en faire mention, est l’une des plus courantes.

L’ANACT propose, à travers sa « marguerite QVT » une représentation visuelle et simple des six piliers sur lesquels reposent la QVT :

  • La santé au travail
  • Les compétences et le parcours professionnel
  • Le contenu du travail
  • L’égalité professionnelle
  • L’engagement et le management
  • Les relations au travail et le climat social
Le bien-être au travail peut être penser grâce à la marguerite QVT de l'ANACT
La marguerite QVT de l’ANACT

L’ANI sur la QVT de 2013

L’une des définitions proposées par l’Accord National Interprofessionnel sur la Qualité de Vie au Travail de 2013, sur lequel la marguerite est fondée, appréhende la QVT comme :

« un sentiment de bien-être au travail perçu collectivement et individuellement qui englobe l’ambiance, la culture de l’entreprise, l’intérêt du travail, les conditions de travail, le sentiment d’implication, le degré d’autonomie et de responsabilisation, l’égalité, un droit à l’erreur accordé à chacun, une reconnaissance et une valorisation du travail effectué. »

Ici, les notions de bien-être au travail et de QVT s’interpénètrent donc et la définition proposée par l’ANI semble être à mi-chemin entre les analyses lexicales des deux notions puisque sont réunies :

  • la dimension individuelle ou personnelle
    avec par exemple des critères tels que le sentiment d’implication, le degré d’autonomie et de responsabilisation, etc.
  • La dimension collective, interpersonnelle ou organisationnelle
    représentée par les conditions de travail, l’ambiance, la culture de l’entreprise, etc.

Une double dimension que l’on retrouve également dans les définitions admises du bien-être au travail.

Le bien-être au travail 

Une notion pas uniquement centrée sur l’individu

Tout comme la QVT, il n’existe pas une définition unique du Bien-être au travail. En France, l’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité) propose néanmoins de définir la notion de bien-être au travail comme faisant référence à « un sentiment général de satisfaction et d’épanouissement dans et par le travail qui dépasse l’absence d’atteinte à la santé. Le bien-être met l’accent sur la perception personnelle et collective des situations et des contraintes de la sphère professionnelle. »

Les aspects individuels et collectifs se trouvent à nouveau réunis dans cette définition.

Toutefois, la notion semble plus proche du domaine médicale que celle de QVT, sa définition par l’INRS faisant fortement écho à la définition de la santé par l’OMS : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. » 

On retrouve notamment cette idée que bien-être au travail comme santé ne se définissent pas négativement par l’absence de troubles, mais bien positivement. Cette définition de la santé porte également en elle la réunion de l’individuel (physique, mental) et du collectif (social).

Quelques autres approches

D’autres approches mettent également en avant ce trait :

  • Le modèle de Nadja Robert distingue dans le bien-être au travail d’un côté le bien-être de la personne au travail et de l’autre le bien-être du travailleur.
  • Le collectif PEROSH définit quant à lui le bien-être au travail comme « un état subjectif caractéristique d’un fonctionnement social optimal ».

Le bien-être au travail comme réalisation de soi

Il existe néanmoins des approches qui se focalisent plus sur le caractère plus subjectif et personnel du bien-être au travail. Ainsi le dictionnaire des RPS de Philippe Zawieja et Franck Guarneri identifie trois composantes dans le bien-être au travail :

  • une dimension hédonique, liée à la recherche de plaisir
  • une dimension eudémonique, liée au plaisir d’accomplir des choses utiles
  • une dimension authentique, liée à l’expression de son moi profond, en accord avec le monde

Encore que même ici, on pourrait voir la permanence d’une dimension collective dans la notion d’utilité (potentiellement aux autres) et dans celle d’accord avec le monde.

La convergence de la QVT et du bien-être au travail : des conceptions dynamiques

De fait, si l’on fait fi des nuances et des différentes approches savantes, bien-être au travail et QVT tendent aujourd’hui à désigner les mêmes réalités. Les deux notions sont en outre chacune très liées aux démarches de prévention des RPS qu’elles englobent et dépassent.

Également, QVT et bien-être au travail sont considérés comme des processus dynamique plus que comme de le résultat de ces processus à  un instant T. Ces deux notions ne sont en effet pas fixes, du fait de la multitude de leurs composantes et de leur caractère en partie subjectif. Elles sont en constante mutation, que ce soit sur un plan horizontal : chaque personne a ses propres paramètres et critères pour aller vers la QVT ou le bien-être au travail, ou sur un plan vertical : ces concepts évoluent dans le temps et à l’échelle d’un seul individu, QVT et bien-être au travail ne seront pas les mêmes aujourd’hui et demain.

Ainsi, pour Julien Pelletier, la QVT apparaît « moins comme une résultante que comme une stratégie concertée de conception de pilotage des transformations de l’organisation du travail. »

Althaus, Grosjean et Brangier, quant à eux que considèrent que « le bien-être au travail ne saurait se réduire à une liste de critères plus ou moins satisfaits dans une situation donnée, mais doit être envisagé comme un processus complexe qui se construit, s’organise et se régule à partir de l’individu dans son système organisationnel ».

Quid du Bonheur au travail ?

Il existe une troisième notion qui s’apparente au bien-être au travail et à la QVT : c’est le le bonheur au travail. Néanmoins, ce concept est moins prisé des acteurs économiques car plus clivant.

Le bonheur est en effet une notion difficile à appréhender, présentant une grande pluralité de définitions. Malgré cette pluralité, on perçoit généralement le bonheur comme quelque chose de global, proche de l’accomplissement de soi dans l’entièreté de son être et de son existence. La notion apparaît alors trop vaste et l’expression « bonheur au travail » peut apparaître comme un oxymore, le bonheur ne pouvant se réduire à la simple sphère du travail.

Par conséquent, il peut être dangereux de confier son bonheur à un employeur ou à une structure privée, cela étant perçu comme une interférence trop importante de la vie professionnelle dans la vie personnelle.

En outre, le plus grand désavantage du bonheur au travail est qu’il ne cherche généralement pas à faire évoluer les pratiques organisationnelles et managériales, n’intégrant ainsi pas de dimension organisationnelle et se concentrant uniquement sur l’individu et la construction de lien social dans et vers l’entreprise.

D’où peut-être la moins grande popularité de la profession de Chief Happiness Officer (CHO), liée au Bonheur au travail, face à celles liées à la QVT — le responsable QVT — et au bien-être au travail — le bienveilleur.

En bref

  • De prime abord, le bien-être au travail semble plus personnel et subjectif alors que la QVT apparaît plus globale et objective.
  • Le bien-être au travail est lié à la notion de santé, et donc au champ médical.
  • Bien-être au travail et QVT, dans leurs définitions actuelles, possèdent en réalité tout deux une dimension individuelle et une dimension collective.
  • Les deux concepts tendent à désigner les mêmes réalités et des démarches similaires.
  • Les deux concepts tendent à se définir comme des processus dynamiques plutôt que comme le résultat de ces processus.
  • Le bonheur au travail est une notion plus clivante et moins prisée car le bonheur semble fondamentalement dépasser la sphère professionnelle

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