À quoi pense-t-on lorsque l’on parle de psychologie ? Dans l’imaginaire collectif, cette discipline est souvent associée à la dépression, aux troubles mentaux, à la folie. On imagine souvent une personne qui nous invite à prendre place sur le « divan » et à lui parler de notre enfance, du rapport au père, à la mère, etc., le tout dans un but thérapeutique. Or, cette représentation est problématique car elle est pétrie de nombreuses idées reçues sur la psychologie. On vous propose d’en éclaircir quelques-unes dans cet article.

Les idées reçues sur la psychologie

Idée reçue n°1 : la psychologie, c’est pour les fous

Disons-le d’emblée : non. Mais d’où vient alors cette idée ?

L’influence de la psychiatrie

En France, la psychologie s’est construite avec une forte influence de la psychiatrie qui, elle, est une branche de la médecine et s’occupe, entre autres nombreuses choses, du traitement de la « folie ».

Cette influence persiste jusqu’à aujourd’hui à de nombreux égards. Ainsi, tout comme la folie et la santé mentale, la psychologie suscite une certaine peur. On a également tendance à considérer qu’un accompagnement psychologique est forcément long et difficile, ce qui n’est pas toujours le cas.

Ces idées reçues sur la psychologie font qu’on ne consulte en général un psychologue qu’en voie de dernier recours, lorsque le mal s’est déjà déclaré et qu’il est urgent d’intervenir. Le corollaire de cette habitude néfaste est d’entretenir l’idée que le but de la psychologie est exclusivement curatif et non préventif.

La psychologie : une discipline surmédicalisée

Ainsi, la psychologie se retrouve dans la situation ambiguë selon laquelle elle a une prétention médicale, celle de soigner, mais sans appliquer les méthodes médicales. Rappelons en effet que les psychologues ne font pas partie des professions dites « de santé ».

Cette confusion est hautement dommageable quelle que soit la situation :

  • Médicalisée, la psychologie passe pour de la psychiatrie et effraie,
  • Démédicalisée, la psychologie, du fait de son statut de « science molle » (et donc non objectivement quantifiable) apparaît moins fiable que les « sciences dures ».

Tout cela concourt à l’existence d’un certain malaise autour du sujet, malaise reflété jusque dans la langue : par euphémisme, on « voit quelqu’un » pour dire que l’on consulte un psychologue, un psychiatre ou un psychanalyste.

De fait, beaucoup de monde ignore ou méconnaît encore les importantes différences entre ces différentes professions, ce qui contribue à maintenir la confusion sur ce que la psychologie est et n’est pas.

Idée reçue n°2 : la psychologie, c’est parler de son enfance

La psychanalyse, qui est une branche très spécifique de la psychologie, a toujours connu un certain succès en France. L’un des psychanalystes les plus renommés, après Sigmund Freud, est d’ailleurs un Français : Jacques Lacan. 

Le succès de la psychanalyse a contribué à créer tout un univers de représentations qui a rejailli sur la discipline parente qu’est la psychologie.

Ainsi, on imagine souvent que consulter un psychologue consiste à :

  • s’allonger sur un « divan »,
  • Explorer l’inconscient et les actes manqués,
  • Parler de son enfance,
  • Examiner le rôle de la mère et celui du père,
  • Etc.

Tout cela peut se produire dans le cabinet d’un psychanalyste, mais non dans celui d’un psychologue.

Si le psychologue peut également mener un travail de psychothérapie (dont la psychanalyse n’est qu’une des formes), il peut mener bien d’autres missions : accompagnement, conseils, libération de la parole, etc.

La spécificité d’un psychologue n’est en effet pas de soigner mais avant tout de permettre un espace d’expression libre et sécuritaire. Pour garantir cela, les psychologues ont développé lors de leur formation leur capacité à être neutre et objectif et à écouter activement les personnes qu’ils accompagnent.

Idée reçue n°3 : la psychologie, c’est pour les autres mais pas pour moi

Le biais de supériorité, ou supériorité illusoire, est un biais cognitif qui mène une personne à surestimer ses qualités et capacités par rapport aux autres. Sous l’effet de ce biais, on peut ainsi identifier le mal-être chez nos proches et peut-être leur conseiller de rencontrer un psychologue, mais on n’en est incapable pour soi. On se dit alors que l’on peut tenir, que l’on n’a pas besoin de ça. 

Il est utile de lutter contre un tel phénomène, car cela contribue à reléguer le champ d’action de la psychologie au curatif, oblitérant ainsi tout le pan préventif : on ne consulte que lorsque le mal s’est déclaré et est désormais intolérable, alors qu’une prise en charge qui serait arrivée plus tôt aurait pu éviter de telles souffrances et aurait considérablement écourté l’avènement d’une solution.

Idée reçue n°4 : la psychologie, c’est pour les riches

La perception de la psychologie varie également beaucoup d’une catégorie socio-professionnelle à l’autre. Elle est généralement perçue plus favorablement par les CSP/CSP+ que par les catégories plus modestes.

En cause : le coût que représente une séance de psychologie, en moyenne entre 50 et 70€ (mais parfois bien plus !) Là où le bas blesse, c’est que ce montant n’est pas pris en charge par la Sécurité Sociale. Si quelques forfaits proposés par certaines mutuelles se mettent à inclure le remboursement d’un nombre défini de séances de psychologie, la pratique n’est pas encore démocratisée.

En outre, le caractère non quantifiable et intangible de la discipline peut également faire passer la psychologie pour quelque chose de non-essentiel, conforté par l’idée que si l’on ne voit pas ce qui nous arrive, cela n’existe pas. Il est plus facile de constater l’existence d’une fracture osseuse, puis de sa guérison, que celles d’une dépression.

On comprend ainsi que pour les revenus les plus modestes, la psychologie peut apparaître comme un luxe superflu, un poste de dépenses au degré d’urgence toujours moindre.

Psychologie et Covid 19 : vers une évolution des représentations ?

La pandémie de Covid 19 et les différents confinements qui lui sont dus ont fortement accru la prévalence du stress, de l’angoisse et de la solitude. Face à l’explosion des cas de détresse mentale, il semble que le recours à la psychologie, de même que sa perception évoluent.

Une dégradation de l’état psychologique général

Si le premier confinement a été brutal dans sa mise en place et très strict dans son application, il semble que les gens ont plutôt tenu bon. Différents éléments ont pu favoriser cela tels que la rhétorique guerrière adoptée par le pouvoir (« Nous sommes en guerre ») de même que les rituels tels que l’applaudissement des soignants à vingt heures. En outre, l’urgence était alors de soigner les malades et le besoin de prise en charge psychologique a pu passer au second plan.

Lors du second confinement, les gens ont cependant été bien plus nombreux à aller mal et c’est alors que l’on a commencé à parler de la « vague psy du Covid ». Cela a eu pour effet d’énormément médiatiser la psychologie et de véhiculer des discours positifs à son égard, mettant ainsi à mal les idées reçues à son sujet. Entre autres choses, l’aspect préventif de la psychologie est sorti de l’ombre.

Vers une reconfiguration du rôle de la psychologie

Ainsi, un glissement semble s’être opéré : 

  • Auparavant, la prévention secondaire en psychologie était réservée à une élite financière, seule la prévention tertiaire était accessible à tous.
  • Désormais, la prévention secondaire semble de plus en plus se démocratiser. C’est une bonne nouvelle car de la prévention secondaire découle la prévention primaire qui est la seule vraie prévention.  

Enfin, preuve que les lignes sont en train de bouger, une proposition de loi visant à rembourser, sous certaines conditions, les consultations de psychologues a récemment été enregistrée à l’Assemblée Nationale. Si elle suscite la polémique à plusieurs égards, l’évolution de l’appareil juridique sur la question est incontestablement une preuve que la perception de la psychologie évolue elle aussi.

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