Spotpink, photo fondatrice

Fondatrice de SpotPink et psychologue, Carole Blancot s’intéresse depuis 2014 aux conséquences que les outils numériques peuvent avoir sur les risques psychosociaux des collaborateurs. Mais pas n’importe quels collaborateurs ! Certaines professions sont plus touchées que d’autres notamment celle de community manager (en charge d’animer les communautés virtuelles des entreprises). Ce métier 2.0 est relativement récent puisqu’il a émergé au moment où les marques se sont emparées des réseaux sociaux. Facebook, Twitter, Instagram, YouTube, Google+, Pinterest : les sociétés les ont bel et bien envahis ! Cette conquête du web ne s’est pas faite sans dommage… La SNCF a, d’ailleurs, une politique RH particulière à ce sujet car ses community managers ne peuvent rester plus de 3 ans à ce poste. Alors pourquoi ces professionnels de la toile sont-ils plus vulnérables face aux outils numériques que leurs collègues ? Existe-t-il des solutions ?

Le community manager, victime privilégiée de la cyberdépendance

Ancienne community manager, Carole Blancot, a décidé d’arrêter ce métier et de ne plus accepter ce type de missions. “Les temps de déconnexion du numérique sont réduits lorsqu’on exerce cette profession et il y a peu de connaissances sur les risques encourus. Pourtant, il y en a. Je me suis aperçue qu’on dormait moins, qu’on était plus stressé, qu’on était plus en alerte vis-à-vis de la moindre notification, en d’autres termes, qu’on était en état de veille permanent. Je trouvais ça fatiguant, lassant et usant sur le long terme”, nous a t-elle confié.

6 % de la population globale souffre de cyberdépendance

Elle s’est progressivement aperçue que son cas était loin d’être isolé et a décidé d’étudier la question. Elle s’est appuyée sur des études préexistantes comme celle de David Greenfield, psychologue Américain, qui a constaté que 6 % de la population globale souffrait d’une quelconque cyberdépendance (réseaux sociaux, jeux en ligne, etc). La fondatrice de SpotPink a imaginé que si l’entreprise était similaire à la population globale, cela signifierait que 6 % des salariés en entreprise présenteraient une dépendance vis-à-vis des outils numériques et en subiraient les conséquences néfastes. Elle s’est alors demandée s’il serait pertinent de proposer des solutions aux entreprises en sachant que, la maturité sur ces sujets n’est pas encore complètement atteinte en France, malgré la transformation numérique qui s’opère.

Le community manager et les outils numériques : fuis moi je te suis, suis moi je te fuis

Les outils numériques sont indispensables au community manager. En revanche, ils sont souvent loin d’être bénéfiques pour leurs utilisateurs. Selon Carole Blancot, ces nouveaux outils de travail impacteraient négativement le bien-être des salariés. Les symptômes peuvent se manifester par des troubles émotionnels ou encore, par le fait qu’un individu peut ressentir un sentiment inconfortable lorsqu’il n’est plus soumis à une forte sollicitation. Cela crée une rupture dans son rythme habituel, il peut alors trouver cela : “inquiétant”, “pas normal”, “illogique”. Ces moments de répit devraient être appréciés par les community managers mais ils développent, malgré eux, un sentiment de dépendance à la gratification générée par les notifications positives de leur réseaux. Ils peuvent également développer des troubles du sommeil, de l’alimentation, des défaillances de concentration et de mémoire ainsi que des troubles physiques : fatigue oculaire, posture physique pénible parce que récurrente et statique (position assise face à un écran), palpitations cardiaques, signes d’anxiété, etc.

Le droit à la déconnexion, un début de solution ?

Grâce à la loi El Khomri de juillet 2016 sur le droit à la déconnexion, le sujet tend à se démocratiser. Les consciences s’éveillent petit à petit sur les dangers du numérique et sur leurs impacts sur la santé des travailleurs et plus particulièrement, des professionnels du web. “Je me suis dis au moment de la promulgation de la loi El Khomri : c’est une bonne suite logique pour intervenir” nous a raconté la fondatrice de SpotPink. A ce jour, cette dernière analyse les pratiques numériques en fonction des secteurs, des CSP et des métiers dans le but de proposer aux entreprises des plans préventifs. Ces plans d’information et de sensibilisation prennent différentes formes : module de e-learning, Mooc, guide des outils numériques, conférences, séminaires d’entreprise, groupes de réflexion entre les managers et les salariés. Cela permet de dresser un état des lieux des bouleversements engendrés par les transformations digitales. L’entreprise peut faire un bilan de la situation dans laquelle elle se trouve : choix technologiques, politique RH, méthodes managériales sur ces sujets, etc.

“En France, on est seulement au stade d’un début de prise de conscience”

Carole Blancot a mis également en place, il y a deux ans environ, un programme de cure de détox. digitale (séjour terrestre ou marin) qui consiste à mettre de côté ces outils numériques pour réapprendre à s’en détacher.  L’engouement à l’égard de ces pratiques innovantes semble encore limité pour le moment. “Il est peut-être trop tôt en France dans le sens où on est seulement au stade d’un début de prise de conscience. Aux Etats-Unis, cette pratique est déjà courante” conclut-elle avant d’ajouter “on va devoir attendre qu’il y ait des premiers cas graves pour que les gens se tournent vers ce genre de pratiques.”

Le rapport au digital évolue peu à peu. Mais, en attendant une prise de conscience totale face aux dangers des outils numériques, les managers se doivent de rester attentifs quant à la santé physique et psychique de leurs collaborateurs et plus spécifiquement, de leurs cadres connectés. Ces derniers ne peuvent se passer des outils numériques dans leur quotidien et sont donc, inévitablement, plus vulnérables que leurs collègues face à la cyberdépendance, à l’hyperconnexion et à de nombreux troubles liés à une sur-sollicitation, aux interruptions et à l’utilisation excessive ou inadaptée du numérique.

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