Lorsque l’État a annoncé la situation d’urgence et la mise en place du confinement le 17 mars, les entreprises ont été contraintes de réagir dans la hâte et pour beaucoup cela n’a pas été évident. Quelles ont été les difficultés dans la mise en place du télétravail ? Quel a été l’impact psychologique sur les collaborateurs ? Comment les DRH ont fait face à cela ? Ces dernières semaines, nous avons discuté avec des DRH, des responsables RH et des responsables QVT pour connaître leur point de vue sur les conséquences du confinement.

Une difficile mise en place du télétravail : première conséquence du confinement

Les difficultés matérielles et organisationnelles

L’une des premières conséquences du confinement a été le fait que les entreprises se sont heurtées à de nombreuses difficultés matérielles et organisationnelles dans la mise en place du télétravail. Deux cas de figure distincts en sont ressortis : 

  • De nombreuses entreprises ont pu réagir très rapidement grâce à une culture du télétravail déjà très ancrée.
  • Pour d’autres, la soudaineté de la situation a demandé une agilité sans précédent.

Pour Tatiana Duris, Assistante RH chez Auchan, la nature du matériel informatique n’était pas adaptée au télétravail : “on a des personnes qui ont dû amener leur ordinateur fixe à la maison et ce n’étaient pas forcément les plus ergonomiques. Il y avait également ceux qui n’avaient pas de caméra donc impossible de faire des visioconférences et ceux qui n’avaient pas de réseau.” 

L’anxiété : une conséquence psychologique du confinement

Toutefois, les difficultés matérielles et organisationnelles étaient loin d’être les plus difficiles à gérer. Le constat est clair : l’impact psychologique chez les salariés a été brutal ! Stress, peur du virus, changement de rythme, difficultés à séparer vie professionnelle et vie privée, insécurité de l’emploi, isolement, etc. Les sources d’anxiété étaient nombreuses et généralisées. 

Et pour les salariés qui n’étaient pas en télétravail, quelles conséquences du confinement ?

Qu’en est-il des salariés en activité partielle ou de ceux présents physiquement ? Pour Lydie Breton, directrice innovation sociale et qualité de vie chez Sodexo France, il n’y avait pas vraiment de différence quant à l’inquiétude et l’impact psychologique vécus par les personnes, qu’elles soient en télétravail, sur site ou encore en activité partielle. Ces situations étaient, et sont toujours très anxiogènes. Seules les sources d’inquiétude diffèrent. “En ce qui concerne ceux qui étaient en activité partielle, le manque de visibilité par rapport à un retour à la normale, le manque de lien avec les collègues ou les managers et l’impact sur les salaires étaient les points les plus critiques”.

Une anxiété généralisée qui a été alimentée par les médias au début de la crise selon Thierry Legrand, DRH chez Prysmian. “Il y a eu un emballement médiatique qui a fait que l’on a senti un début de panique chez nos salariés. Nous avons d’ailleurs observé une montée de l’absentéisme sur la deuxième quinzaine de mars et la première quinzaine d’avril dans les différentes usines. Nous avons constaté jusqu’à 25-30% d’absentéisme, des taux absolument exceptionnels qui nous ont évidemment obligés à ralentir la production”.

Identifier les difficultés pour mieux les surmonter

La sursollicitation de la fonction RH

À distance, il peut être compliqué de lutter contre les conséquences du confinement : perte de lien social, identification des personnes en souffrance pour pouvoir les aider ou encore gestion de la sursollicitation pour la fonction RH. 

C’est ce que nous explique Lydie Breton : “Pour la fonction RH une grande disponibilité a été nécessaire et on a eu beaucoup de sollicitation de la part de nos équipes opérationnelles. Mettre en place la garde d’enfant, l’activité partielle, enclencher différentes démarches auprès de la direction, analyser et comprendre les décrets pour assurer leur mise en œuvre, etc. Tout cela passe forcément par la fonction RH et avec une partie de nos effectifs en activité réduite, c’était un peu compliqué. On se retrouve face à des situations où on a l’impression de faire le grand écart.”

Le respect des gestes barrières

En physique, le respect des gestes barrières et des distances de sécurité ne sont pas des choses qui se font naturellement, cela va même à l’encontre de nos habitudes. D’après Tatiana Duris c’est finalement cela le plus difficile, “pour les collaborateurs physiquement présents, il a fallu très rapidement expliquer et mettre en place les gestes barrières et surtout veiller à ce qu’ils les respectent”. 

L’adaptation sur le fil aux évolutions règlementaires

Cela sans oublier tout l’aspect juridique et “la nécessité d’adaptation, quasi au jour le jour, aux évolutions réglementaires avec de nombreuses zones de flou. Il faut avancer vite, mais sans avoir de repère”, précise Nathalie Levy-Lafon, DRH chez Chantelle France.

Conséquences du confinement : quels éléments positifs sont à retenir ?

Cette situation exceptionnelle, qui nous a fait repousser nos limites, a tout de même révélé son lot d’éléments positifs. 

Conséquence positive du confinement n°1 : des valeurs humaines renforcées

Les valeurs humaines se sont trouvées renforcées grâce à l’esprit d’équipe, de la motivation et “une solidarité réaffirmée” nous dévoile Lydie Breton. Un constat général comme le témoigne également Wafa Abda, DRH chez Néo-Soft : “les valeurs fortes que nous partageons au sein du Groupe se sont à nouveau révélées sous leur meilleur jour : cohésion, solidarité, implication.” 

Conséquence positive du confinement n°2 : une amélioration du fonctionnement interne

Cette expérience a permis d’améliorer les capacités de fonctionnement interne de certaines entreprises. Certaines se disent prêtes à affronter de nouveau une situation similaire, d’autres assurent avoir gagné en efficacité et en intelligence collective, mais un point qui semble important concerne le gain de confiance. D’après Aurélie Janot, Responsable RH chez Synlab, “une confiance a pu s’établir entre le management et les collaborateurs. Auparavant certains de nos collaborateurs ne faisant pas du tout de télétravail donc il pouvait y avoir un doute sur l’efficacité de certains en télétravail et là il y a vraiment eu une confiance qui s’est instaurée, de manière quasi automatique.”

Conséquence positive du confinement n°3 une meilleure communication

Dans de nombreux cas, afin d’aider au mieux les collaborateurs et leur permettre de libérer leur parole, les entreprises ont fait énormément d’efforts de communication et ont mis en place des actions de soutien et d’aide psychologique qui se sont révélées obligatoires.  

Après le confinement, les conséquences du déconfinement

En conclusion, l’épreuve que nous avons traversée a été rude et a nécessité beaucoup de travail de la part des fonctions RH, des managers et des collaborateurs. Positives ou négatives, les conséquences du confinement sont nombreuses et le télétravail a eu un réel impact sur la santé des salariés. Le confinement ayant été levé, les efforts ne doivent pas être relâchés. Pour Aurélie Perret, DRH chez Synomia, il n’y a pas de doutes, les réelles difficultés commencent aujourd’hui. “Pendant toute la période du confinement, on était dans un mode “état d’urgence” et tout le monde se serrait les coudes. Mais aujourd’hui on commence à avoir des difficultés avec des collaborateurs qui se démobilisent un peu, qui sont fatigués. On peut ressentir une baisse de motivation, de l’énervement aussi de personnes qui perdent patience, des réactions étonnantes dues au contrecoup”. 

Découvrez la 2ème partie de cet article qui aborde le retour sur le lieu de travail, et la 3ème et dernière partie : Que nous réserve l’avenir des RH ? Découvrez également les chiffres de la QVT, un an après le premier confinement.

Le bien-être de vos salariés est une priorité ? Découvrez Moodwork !