La déconnexion, dans le cadre professionnel, désigne l’interruption de la connexion et l’injoignabilité en dehors des temps de travail qui en résulte.

Avec la révolution des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC), nous sommes de plus en plus connectés, et même hyperconnectés. Conséquence : il est de plus en plus difficile de se déconnecter. Dans le cas du travail, cela veut notamment dire que celui-ci demeure présent même lors des temps qui lui sont consacrés. En effet :

  • 7 Français sur 10 n’arrivent pas à déconnecter du travail pendant leurs congés.
  • 66% des 18-29 ans font usage de leurs outils numériques professionnels le soir. 58% pendant le week-end.
  • 93% des Français pensent que les outils numériques sont en cause dans leur difficulté à déconnecter.

Néanmoins, l’hyperconnexion concerne également notre vie privée, via les réseaux sociaux notamment. S’il s’agit bien d’une évolution sociétale globale, cette dernière n’est pas sans risque. Pour vous convaincre, voici six raisons de se préoccuper des questions de déconnexion, et de promouvoir cette dernière au sein des entreprises.

Toutes les données citées sont issues de notre livre blanc « Déconnexion : comment mettre en place une politique efficace et respectée en entreprise ? »

Les « maux-clefs » de la déconnexion

Pour bien parler d’un sujet, il est nécessaire d’adopter un vocabulaire précis. Voici un petit lexique de la déconnexion.

Les maux-clefs de la déconnexion
Les maux-clefs de la déconnexion

6 bonnes raisons d’agir pour la déconnexion

Les salariés souhaitent pouvoir se déconnecter

En matière de déconnexion, il existe un écart entre les aspirations des salariés et la réalité des entreprises.

73% des RH, managers et collaborateurs considèrent le droit à la déconnexion comme indispensable.
Cependant, seulement 1/4 d’entre eux le voit comme un sujet de préoccupation au sein de leur entreprise.

23% estiment même qu’il n’est pas du tout pris en compte dans leur structure.

En cause, le caractère récent du droit à la déconnexion : en France, il n’est inscrit dans le droit du travail que depuis 2017. À l’échelle européenne, il n’existe cependant aucun droit à la déconnexion. Notons toutefois que le Parlement européen a demandé à la Commission d’élaborer une loi à son sujet début 2021.

Une hyperconnexion aggravée par le télétravail

La déconnexion est d’autant plus un sujet important aujourd’hui que nos façons de travailler au radicalement évolué du fait de la pandémie de Covid-19 et des différents confinements.
Si, dans le cas du travail en présentiel, quitter le bureau ne suffisait pas toujours à faire la coupure entre vie professionnelle et vie personnelle, cette dernière est encore plus difficile à faire dans le cas du télétravail, et notamment du télétravail à domicile.

Ainsi, 27% des personnes qui travaillent chez elles dépassent les heures de bureau.

Selon les recherches d’Eurofound, les personnes qui travaillent à leur domicile sont même plus de deux fois plus susceptibles de travailler au-delà du maximum de 48h de travail par semaine par rapport aux personnes qui travaillent dans les locaux de l’employeur.

Par ailleurs, 30% des télétravailleurs affirment travailler pendant leur temps libre tous les jours ou plusieurs fois par semaine, contre moins de 5% des personnes travaillant sur site.

Alors que le télétravail, mixte ou total, tend à se pérenniser en entreprise, il est donc particulièrement important de se préoccuper de la déconnexion et d’établir les chartes ou accords de télétravail conjointement à ceux de déconnexion.

La déconnexion pour conserver l’équilibre vie professionnelle / vie personnelle

Si l’on n’est pas capable de déconnecter, le risque majeur réside dans l’empiètement de la vie professionnelle sur la vie privée, un risque qui est déjà une réalité pour 45% des salariés qui affirment vivre un tel déséquilibre.

Parmi eux, 78% évoquent des répercussions négatives sur leur santé mentale, notamment par la génération de stress induit par la surconnexion et 85% estiment qu’un tel déséquilibre a eu un impact sur leur vie privée.

… et conserver un rapport sain au travail

Selon Alexandre Bonhomme Deveycx, psychologue du travail chez Moodwork, le statut social d’un individu était autrefois fortement lié à son activité. La situation est différente aujourd’hui : les personnes sont polarisés par deux identités opposées :

  • d’un côté la personne qui travaille et produit la richesse,
  • de l’autre la personne qui vit et consomme ces richesses.

La frontière radicale entre ces deux espaces opposés a commencé à se flouter lorsque, pour augmenter la cadence de travail, les employeurs ont commencé à créer un lien affectif avec les employés, augmentant ainsi leur engagement (on pense notamment au paternalisme du XIXe siècle).

Cela a pour effet de réduire l’antinomie puisque le travailleur peut désormais prendre du temps pour s’amuser dans un cadre privé ou venir au travail par plaisir.

Cette logique est toujours d’actualité et est même un axe important de la Qualité de Vie au Travail. C’est pourquoi la vigilance est de mise pour maintenir tangible la frontière entre la vie professionnelle et la vie personnelle et ne pas tomber dans le blurring. Il est alors important de savoir faire la part des choses entre l’individu, son statut social, les injonctions de l’entreprise et celles du groupe social.

La déconnexion pour préserver sa santé des travailleurs

Les conséquences les plus graves de l’hyperconnexion et de la surconnexion sont sans conteste les atteintes à la santé. La surabondance d’informations à traiter et les exigences parfois trop élevées des directions et/ou des clients consommateurs peuvent sensiblement augmenter la charge mentale, qu’elle soit cognitive ou psychique.

Les facteurs de charge mentale, à laquelle mène une absence de déconnexion
Les deux types de charge mentale et leurs facteurs

Cette charge mentale accrue augmente elle-même le niveau de stress professionnel et réduit celui de bien-être au travail.

Il convient de s’en préoccuper car cela peut mener à une hausse des conflits, à la fois dans la sphère professionnelle et dans la sphère personnelle, au burn-out voire au karoshi (littéralement « mort par dépassement de soi »), une maladie professionnelle reconnue au Japon depuis les années 1970 qui provoque une mort subite des salariés, soit par arrêt cardiaque ou par AVC.

La déconnexion pour maintenir la performance de l’entreprise

Tout impact sur négatif sur les salariés a forcément une répercussion sur l’entreprise dans son ensemble. Ainsi, un manque de déconnexion peut avoir des conséquences très néfastes pour l’entreprise parmi lesquelles :

  • baisse de la performance (des salariés et donc de l’entreprise)
  • hausse du turn-over
  • atteinte à l’image de l’entreprise et à la marque employeur
  • baisse de l’attraction des talents

À l’heure où la parole se libère sur la réalité de l’entreprise, où la transparence est une valeur de plus en plus importante et où Internet permet aux candidats d’enquêter sur une entreprise avant d’y postuler, négliger le bien-être de ses collaborateurs, et notamment la déconnexion, est fort peu recommandé. D’autant que la Qualité de Vie au Travail est au cœur des aspirations des nouvelles générations !

Au contraire, des salariés en situation de bien-être professionnel, auquel la déconnexion participe, seront d’excellents vecteurs pour rendre une entreprise attractive.

La déconnexion est un sujet sur lequel vous souhaitez agir ? Découvrez notre livre blanc :
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