L’entreprise libérée : une voie royale pour la qualité de vie au travail ?
Le concept d'entreprise libérée fait de plus en plus parler de lui depuis plusieurs années. Mais à quoi cela correspond-il ?
En 2012, la publication française de l’ouvrage Liberté & Cie d’Isaac Getz, professeur à l’ESCP Europe, et Brien M. Carney, rédacteur en chef de la page éditoriale du Wall Street Journal Europe, a mis en lumière une nouvelle forme d’organisation du travail : l’entreprise libérée.
L’entreprise libérée : qu’est-ce que c’est ?
Définition du concept
Le concept d’entreprise libérée propose de repenser l’organisation du travail classique caractérisée par une structure décisionnelle pyramidale, causant une perte de motivation, de performance et de capacité d’innovation. Selon ces auteurs, une entreprise est considérée comme étant libérée “lorsque la majorité des salariés disposent de la liberté et de l’entière responsabilité d’entreprendre toute action qu’eux-mêmes estiment comme étant la meilleure pour la vision de l’entreprise”.
Quelques exemples d’entreprises « libérées »
Plusieurs entreprises françaises, dont la fonderie Favi, Chronoflex, ou encore la biscuiterie Poult, ont expérimenté avec succès cette nouvelle forme d’organisation du travail nous apprend l’Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail (ANACT).
Mais qu’en est-il des entreprises à qui le succès n’a pas souri ? La “libération” d’une entreprise est-elle gage de performance économique et d’une amélioration des conditions de travail ? Quels sont les impacts sur la QVT ? Nombreuses encore sont les interrogations en suspens dues au nombre très restreint d’entreprises vitrines et le manque d’études françaises évaluant le développement de l’entreprise libérée.
L’entreprise libérée : modèle ou philosophie ?
Souvent considérée à tort comme un modèle organisationnel à part entière, l’entreprise libérée est en vérité “une philosophie fondée sur la confiance en l’humain et la suppression progressive des contrôles” d’après le décryptage de l’Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS) pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles. Il s’agit de “libérer” les salariés de la hiérarchie et du contrôle, de remettre l’humain au coeur de l’activité et d’ouvrir le champ d’initiatives afin de booster la performance de l’entreprise grâce aux innovations issues de l’intelligence collective.
Pour le dirigeant “libérateur”, l’objectif est de faire émerger, de discuter, pour enfin partager avec tous les salariés une vision de l’entreprise et des valeurs communes. Par ce biais, les salariés développeraient leur autonomie, se réapproprieraient leur travail et, par conséquent, gagneraient du pouvoir au sein de leur entreprise. Aussi, le dirigeant cherche à se rendre dispensable pour développer la confiance de ses salariés, et permettre la réalisation de soi et l’autodirection. Performance économique et cadre de travail propice au développement personnel sont ainsi unis… en théorie !
Philosophie et QVT font-elles bon ménage ?
Une nécessaire adéquation des salariés avec la direction
Dans une entreprise libérée, le rôle du dirigeant se résume à rappeler la vision stratégique de l’entreprise et ses valeurs, et de s’assurer qu’elles soient partagées par l’ensemble des salariés. Une question se pose alors : que se passe-t-il si certains salariés ne sont pas en totale adéquation avec la vision du dirigeant ? Une conséquence possible serait de voir émerger la désignation de boucs émissaires.
Le rôle du management mis en question
De plus, la disparition de l’appui que représente le manager ne correspond pas obligatoirement aux attentes de tous les salariés et peut conduire à en exclure certains. La suppression des managers et des fonctions support (gestion des ressources humaines, service juridique, etc.) peut également entraîner une charge de travail supplémentaire si celle-ci n’est pas correctement répartie, pouvant impacter la santé au travail. Il en va de même pour la nouvelle répartition des rôles, des tâches, et la définition des nouvelles fiches de poste.
De même, de nouveaux risques professionnels sont susceptibles d’apparaître, comme par exemple des fonctionnements internes pouvant être parfois qualifiés de sectaires ou “religieux”, et cherchant la maîtrise de l’identité professionnelle des salariés.
En bref
En tout état de cause, il semble que l’entreprise libérée soit en mesure de réduire certains risques professionnels. Le salarié a la possibilité de s’exprimer et de s’affirmer pleinement, gagne en autonomie et en latitude pour faire évoluer son travail, ce qui favorise son épanouissement et son bien-être dans l’entreprise. Mais ne perdons pas de vue que la théorie s’écarte bien souvent de la réalité du monde du travail. Aussi, il importe de continuer à étudier plus en détail les impacts de l’entreprise libérée sur la santé et la sécurité au travail.
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Demander une démoAuteur de l’article : Charles Pincemaille, étudiant en Master PSTO à l’Université Catholique de Lille.
Quelques références
- ANACT. (2016). L’entreprise libérée.
- Getz, I., & Carney, B. M. (2012). Liberté & Cie : Quand la liberté des salariés fait le bonheur des entreprises. Fayard.
- Geuze, F. (2015). L’entreprise libérée, entre communication et imposture. Parlons RH
- Grosjean, V., Leichle, J., & Theveny, L. (2016). Les nouvelles formes d’organisation du travail : Opportunités ou illusions ? La revue technique de l’INRS, 245, 4.
- Richer, M. (2015). L’entreprise libérée est-elle socialement responsable ? Management & RSE
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