La santé mentale ne se définit pas uniquement par une absence de troubles mentaux. Il s’agit d’un état de bien-être tant physique, mental que social, dans lequel un individu peut réaliser son propre potentiel et faire face aux situations de la vie (personnelle comme professionnelle) et au stress qu’elles génèrent.

Sujet jusqu’alors relativement tabou, il est aujourd’hui sur le devant de la scène : deux années de crise sanitaire ont en effet fait de la santé mentale un sujet incontournable qu’il n’est plus possible d’ignorer, tant les personnes qui souffrent d’une mauvaise santé mentale sont désormais nombreuses.

Seulement, l’omerta qui a longtemps régné à ce propos a la peau dure et de nombreux clichés et autre stigmatisations perdurent aujourd’hui.

Voici donc 5 clichés sur la santé mentale que l’on ne veut plus entendre en 2022 ! 

Cliché sur la santé mentale n°1 : la santé mentale, c’est l’affaire des autres

À cause du tabou qui a longtemps régné sur les questions de santé mentale, il demeure difficile de reconnaître et d’accepter qu’elles puissent nous concerner. S’il est aujourd’hui difficile de contester que les troubles de santé mentale existent et se multiplient, on se sent en général peu concerné pour soi-même… jusqu’à ce qu’il soit trop tard et que le mal, bien présent, ne puissent plus être nié.

La solution à apporter ne peut alors plus qu’être curative, ce qui est, en termes de santé mentale, est bien plus compliqué à mettre en œuvre qu’une approche préventive.

L’influence du biais de supériorité

Un tel déni n’est pas sans lien avec le biais de supériorité, ou supériorité illusoire : il s’agit d’un biais cognitif qui conduit un individu à avoir une perception altérée de lui-même, lui faisant surestimer ses qualités et capacités par rapport à celles des autres.

À cause de ce biais, on peut tout à fait être très conscient des enjeux de santé mentale, et peut-être même être de bon conseil pour autrui… mais pas pour soi ! On aura ainsi tendance à minimiser la situation, à se dire que l’on n’a pas besoin d’aide, que l’on peut tenir, bref : à endurer les choses jusqu’à ce qu’elles deviennent ingérables. 

Cliché sur la santé mentale n°2 : on consulte un psychologue quand on a un problème

À cause du tabou, on ne consulte généralement les spécialistes de la santé mentale, et notamment les psychologues, qu’en dernière instance, quand il est urgent d’agir.

Cette manière de faire a permis de créer une association forte dans l’inconscient collectif entre psychologue et problème : si l’on va voir un psychologue uniquement quand on a un problème, alors on a forcément un problème si on en consulte un.

Cette fausse corrélation a pour effet délétère de faire apparaître la psychologie comme une discipline uniquement curative alors qu’elle a aussi un éminent rôle de prévention ! On devrait aussi pouvoir consulter un psychologue pour éviter d’avoir un problème, si on se pose des questions sur son bien-être ou sa santé mentale, etc.

Et on y gagnerait tous car, en santé mentale, il est bien plus complexe de guérir que de prévenir !

Cliché sur la santé mentale n°3 : les personnes dépressives devraient « se donner un coup de pied aux fesses »

Au premier rang des maux de la santé mentale, il y a la dépression. Si ce trouble mental est sans doute l’un des plus célèbres, il est aussi victime de bien des clichés et des méconnaissances.

Ainsi, on peut se surprendre à penser, face à une personne dépressive, qu’elle exagère, qu’elle se laisse aller, qu’au fond il y aurait une certaine forme de complaisance dans son état et qu’avec un peu de volonté, tout cela se résoudrait bien vite.

Sauf que penser ainsi, c’est profondément méconnaître la dépression. Le manque de volonté (aboulie) et l’incapacité à entreprendre des actions (apragmatisme) sont des symptômes reconnus de ce trouble de la santé mentale.

Ainsi, dire d’une personne dépressive qu’elle manque de volonté revient à dire à une personne plâtrée qu’elle manque de dextérité ou à un enrhumé qu’il manque d’odorat : ce n’est pas de sa faute.

Ce qui rend délicate la déconstruction de ce cliché, c’est qu’en effet, plus une personne dépressive restera inerte, moins bien elle ira, et plus elle aura des activités, mieux elle ira.

Néanmoins, pour l’encourager à cela, nul besoin d’invoquer la violence physique d’un « coup de pied aux fesses » : la compassion et la bienveillance seront bien plus utiles et bien moins stigmatisantes !

Cliché sur la santé mentale n°4 : le burn-out est une forme de dépression

Voilà un cliché sur la santé mentale qu’il est assez technique de déconstruire ! À son origine, on trouve un certains nombre de symptômes communs aux deux troubles : stress et angoisses, épuisement physique, cognitif et émotionnel, idées noires, insomnies, etc.

Ainsi, on a tôt fait de percevoir le burnout comme la « dépression du travailleur ».

Or, les deux troubles sont bien distincts !

La classification de ces troubles

la dépression est une maladie, un trouble de la santé mentale qui figure dans le DSM-5 (« Diagnostic and Statistical Manuel of Mental Disorders » publié par l’Association américaine de psychiatrie) et dans le CIM-10  (« Classification Internationale des Maladies », publiée par l’OMS), soit les actuels ouvrages de référence qui décrivent et classifient les troubles mentaux.

Le burnout, quant à lui, est un syndrome (de l’épuisement professionnel), soit un ensemble de signes cliniques et de symptômes. En outre, le burnout ne figure ni dans le DSM-5 ni dans le CIM-10.

La cause du trouble

Le burnout est toujours lié à la situation professionnelle et émerge de celle-ci. La dépression, quant à elle, peut concerner tous les aspects de la vie. 

Une différence patho-physiologique : la sécrétion de cortisol

Le cortisol est une hormone qui participe à la production d’énergie, notamment dans les situations stressantes, ce qui a pu lui valoir le nom « d’hormone du stress ». Elle est donc très impliquée dans tout ce qui a trait à la santé mentale.

Or les chercheurs se sont aperçus que les individus affectés par un burnout ont une production insuffisante de cortisol, comme si le corps se mettait en grève, alors que les personnes souffrant d’une dépression en produisent trop.

Cette hormone devient alors un bio-marqueur qui peut non seulement aider au diagnostic mais encore permettre de le poser plus tôt.

Les solutions à apporter

La prise en charge du burnout et de la dépression est également différente. Sans passer en détail toutes les options thérapeutiques, la différence majeure est en lien avec la cause de ces troubles de santé mentale : comme le burnout est lié à une situation professionnelle, son traitement sera avant tout concentré sur le cadre de travail. À l’inverse, le traitement d’une dépression se concentre avant tout sur le patient.

Burnout et dépression : deux affections compatibles

Ce qui participe à la confusion entre burnout et dépression, c’est aussi le fait qu’il n’est pas rare qu’une personne souffrant d’un burnout développe également une maladie dépressive. Le burnout est en effet un facteur de risque de la dépression.

Cliché sur la santé mentale n°5 : en ignorant son harceleur, il finira par se lasser

Face au harcèlement, qu’il soit moral ou sexuel, l’indifférence peut apparaître comme une arme efficace pour se défendre. Alors que l’on ne sait souvent pas quoi faire ni comment réagir, ne rien faire peut apparaître comme une solution plus simple. En outre, on peut être animé de l’espoir que le harceleur, constatant son manque d’emprise, finisse par se décourager et cesser ses agissements.

Malheureusement, les solutions les plus simples ne sont pas toujours les meilleures et faire le dos rond face au harcèlement est en réalité une très mauvaise idée. 

Le harcèlement est en effet un rapport de domination : à la fois un abus de pouvoir et une exploitation de faiblesse. Ne pas réagir face à une telle situation, c’est laisser penser qu’au final, ce n’est pas si grave, que cela peut continuer.

Pire, face à l’absence de réaction, le harcèlement peut s’intensifier, afin de justement produire une réaction qui marquera la domination du harceleur sur la personne harcelée… ce qui représente autant de risques en plus pour la santé mentale !

Que faire alors face au harcèlement au travail ?

La question mériterait qu’on lui consacre un article entier. Néanmoins, voici quelques bons réflexes à appliquer si vous vous retrouvez victime de harcèlement :

Le premier réflexe est de ne pas garder cela pour soi, ce qui serait une menace de plus pour votre santé mentale. S’il peut être plus aisé d’en parler en premier lieu à un proche, il est nécessaire d’alerter votre employeur qui devra mener une enquête.

Voici les différents recours possibles :

  • Alerter le CSE et les représentants du personnel
  • Alerter l’inspection du travail
  • Recourir à une médiation
  • Saisir le conseil des prud’hommes
  • Saisir le juge pénal
  • Saisir le Défenseur des droits, si le harcèlement vous paraît motivé par une discrimination basée sur un des critères interdits par la loi.

En bref

Le voile a commencé à se lever sur le tabou qui règne sur la santé mentale et on ne peut que s’en réjouir. Néanmoins, bien du chemin reste encore à parcourir pour traiter plus efficacement ces enjeux. Au premier rang des choses que l’on peut espérer advenir en la matière se trouve la mise en avant de la prévention.

Tout comme on consulte un médecin dès que l’on a un doute ou une question concernant sa santé physique, on devrait pouvoir saisir un psychologue dès que l’on se pose une question sur son bien-être et sa santé mentale.

Cela suppose une nécessaire libération de la parole sur ces sujets, et pour cela l’abolition des tabous et des stéréotypes.

En santé physique comme en santé mentale : mieux vaut prévenir que guérir !

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