Après nous avoir apporté son expertise sur l’impact du télétravail sur la santé des salariés, Sébastien Vaumoron, consultant en RPS et QVT du cabinet Evimeria, nous explique aujourd’hui quels sont les RPS (risques psychosociaux) pour les collaborateurs en cette période post-confinement. 

Télétravail en confinement et risques psychosociaux

Les risques psychosociaux recouvrent de nouveaux éléments avec la sortie du confinement. En effet, si ce dernier a permis de réduire les contaminations au COVID-19 par le télétravail, il est aussi la cause de RPS spécifiques à ce contexte.

La mise en télétravail a été bénéfique pour certains salariés, mais dommageable pour d’autres :

  • Certains y ont trouvé un rythme global davantage en accord avec leurs obligations personnelles (trajets, famille, enfants, etc.),
  • quand d’autres y ont trouvé un isolement, ou une charge mentale augmentée à cause des mêmes enfants à gérer en plus du travail à domicile, etc.
  • Certains avaient un logement suffisamment grand pour y consacrer un véritable espace de travail,
  • quand d’autres ont dû travailler sur la table du séjour, dans le canapé, voire sur une petite table dans leur chambre.

De plus, le confinement n’a pas permis un télétravail dit « normal » : celui qui permet de sortir le soir, d’aller se promener, de voir sa famille et ses amis, d’avoir des loisirs ; toute la vie à l’extérieur du domicile y était quasiment interdite.

Confinement et post-confinement : un changement sans retour à la normale

Mon étude menée dans différents services d’entreprises pendant le confinement dans 3 pays francophones et sur 3 continents a montré que le télétravail était fortement apprécié, mais également associé à des facteurs de santé paradoxalement dégradés : augmentation de consommation de stimulants (café, tabac, thé), de sédatif (alcool), et baisse de la qualité globale du sommeil.

Or, certaines entreprises ont poursuivi le télétravail après la fin du confinement, ce qui fait que cela ne se réduit pas à une expérience de deux mois, mais à six mois ou plus pour certaines d’entre elles.

Naturellement, une si longue durée de changement de modalité de l’exercice du travail crée des habitudes nouvelles qu’il va falloir à nouveau modifier lors du retour sur site, le tout dans un contexte sanitaire où le risque viral reste aussi prégnant qu’au début de la mise en confinement. La distanciation physique et les gestes barrière sont plus que jamais d’actualité, et le risque de contagion n’a absolument pas disparu.

Post-confinement : des risques psychosociaux spécifiques

Si le télétravail en confinement avait ses RPS bien spécifiques, la reprise du travail sur le lieu de l’entreprise après un confinement sanitaire présente elle aussi ses propres risques psychosociaux. 

La modification des espaces de travail

Les risques psychosociaux les plus flagrants sont ceux liés à la distanciation physique, cette dernière modifiant les espaces de travail :

  • Éloignement des postes les uns des autres,
  • Mise en place de protections en plexiglas,
  • Roulement des jours de travail en présentiel pour diminuer le taux de présence sur place,
  • Port de masques,
  • Désinfection du matériel,
  • Modification de la prise des repas, etc.

Le retour à l’entreprise n’est donc pas un retour à la normale, mais une nouvelle modification de l’organisation du travail, plus contraignante, perçue comme plus « dangereuse », car davantage exposée au risque de contamination virale qu’à son domicile.

Rapport aux autres et gestes barrières

Une fois sur place, la présence d’autrui peut également générer des risques psychosociaux. On ne retrouve pas forcément tous ses collègues mais seulement une partie d’entre eux. De plus, au plaisir de revoir ses collègues, s’oppose le risque de se faire contaminer puis de contaminer nos proches, ou de contaminer nos collègues. Pour ceux qui accueillent du public, le risque est encore plus élevé.

Pour certains, les mesures de protection seront vécues comme de « simples » mesures de protection sanitaire, voire superflues. Ici, le danger se trouve dans la possibilité d’être moins scrupuleux sur les mesures barrières et le dommage serait celui de la contamination.

Pour d’autres, ces mesures de protection deviennent source d’anxiété, voire d’angoisse. 

L’individualisation du retour à l’entreprise

Dans une telle situation, et tant que faire se peut, il faut adapter à chacun les mesures de retour à l’entreprise :

  • Faire évaluer par le manager de proximité les capacités et souhaits de chacun pour le retour sur site afin de ne pas exposer les salariés à des dangers et dommages psychosociaux,
  • Constituer de façon participative les équipes fractionnées, revenant en présentiel seulement quelques jours par semaine,
  • Évaluer le bon ajustement de l’équilibre individuel entre présentiel et distanciel pour ne pas exposer les collaborateurs à des situations anxiogènes pour eux.
  • Examiner les modalités de transport pour aller travailler et le niveau de risque de contamination virale ou encore d’anxiété éventuellement généré pour chacun des salariés.

Il s’agit là d’avoir une démarche enracinée dans la prévention des risques psychosociaux telle que le demande la législation. Si le risque chimique ou le risque de chute est le même pour tous salariés exposés à la même imprimante dans la même pièce, ou au même échafaudage, les risques psychosociaux peuvent varier d’un salarié à l’autre dans le même contexte car ils mobilisent des particularités psychiques, émotionnelles et psychologiques propres à chacun de nous, donc différentes. Un management bienveillant, soucieux de la Qualité de Vie au Travail, doit faire de chaque collaborateur un être singulier dans la prévention des risques psychosociaux.

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