Qu’est-ce qu’un « bullshit job » ?

Le terme « bullshit job » vient de l’anthropologue américain David Graeber qui l’évoque pour la première fois dans un article publié dans le magazine Strike ! en 2013. Par ce terme, il désigne l’ensemble des métiers qui ont été créés pour pousser l’humain à continuer de travailler. Graeber propose une méthode simple pour repérer un bullshit job : imaginer la disparition de l’activité et évaluer son impact sur la société. Si la disparition des infirmières, des professeurs ou des éboueurs entraînait des conséquences importantes et immédiates, la disparition de certains métiers ne se remarquerait pas. Il est donc intéressant de regarder de plus près les personnes qui occupent ce genre d’emploi.

Les « bullshit jobs » et le sentiment d’inutilité

Inutilité et perception de l’inutilité

Si ces travails sont inutiles pour Graeber, les personnes qui les exécutent ont également conscience d’effectuer des tâches inutiles, vides de sens, qui n’apportent aucune contribution pour la société.

Une étude menée en 2015 par YouGov a révélé que 37% des personnes interrogées considèrent que leur emploi n’apporte aucune contribution significative à la société. Si cette étude a été réalisée sur une population anglaise, qu’en est-il des travailleurs français ?

Le secteur privé : domaine des bullshit jobs ?

La fondation Jean-Jaurès s’est intéressée à la question et a réalisé une étude en 2018. Cette étude montre une forte différence du sentiment d’utilité entre le secteur public et privé. Si les cadres et professions intellectuelles du secteur public (90%), les employés et agents de la fonction publique (90%) et les artisans et commerçants (82%) se sentent utiles à la société, les professions du privé ont un sentiment moins élevé :

  • 76% pour les cadres et professions intellectuelles,
  • 70% pour les employés administratifs,
  • 56% pour les professions intermédiaires administratives et commerciales des entreprises.

Si certaines professions ne sont pas marquées par le phénomène que décrit Graeber, d’autres s’alignent avec les résultats obtenus par YouGov. 

Bullshit job : un travail inutile, mais pour qui ? 

Si la théorie de Graeber repose sur le fait que certains travails sont inutiles pour la société, l’étude menée par l’association émet une critique et interroge les individus sur deux dimensions supplémentaires : l’utilité pour soi et l’utilité pour l’entreprise.

L’utilité pour l’entreprise

Si la crise sanitaire provoquée par la Covid-19 a marqué une distinction entre les travailleurs dits « essentiels » et ceux « non essentiels », leur activité ne s’est pas pour autant stoppée car certains ont pu continuer à travailler en télétravail.

Un travail peut être inutile à la société, mais peut tout de fois être nécessaire au bon fonctionnement de l’organisation. Dans le cas où un travail n’est utile, ni pour la société ni pour l’entreprise, il peut toujours être utile pour la personne qui peut en tirer plusieurs bénéfices comme le fait d’apprendre de nouvelles choses ou encore recevoir un salaire.

Bullshit jobs et reconnaissance

Parmi les personnes interrogées, 78% considèrent que leur travail apporte une contribution à la société et 88% pensent que leur travail est utile à leur entreprise. Toutefois, même si les travailleurs se sentent utiles pour leur entreprise et la collectivité, seulement 44% jugent que leur travail est reconnu à leur juste valeur par leur employeur.

S’il est possible de questionner le fondement de l’existence d’un travail et de son utilité, la question de la reconnaissance que reçoit le salarié pour ce travail est plus importante. 

Un problème de reconnaissance ?

Le déséquilibre entre utilité et reconnaissance

Il existe un déséquilibre entre le sentiment d’utilité et le sentiment de reconnaissance de la part des salariés. Pourtant, la reconnaissance au travail est une source de bien-être pour le salarié et pour sa santé mentale grâce à la motivation et la satisfaction qui en découle et l’influence que cela a sur leur productivité et leur performance.

Un problème français ?

D’après une étude menée par Lucie Davoine et Dominique Méda, en comparaison avec d’autres pays européens, les Français attribuent une forte importance au travail, 70% contre 40% pour les danois et les Britanniques. Un problème se pose alors quand on constate que les Français attachent une forte importance à leur travail, mais ne ressentent pas de reconnaissance par rapport à celui-ci, là où d’autres pays européens ont un score plus élevé. 

Comment favoriser la reconnaissance ?

Le constat du phénomène du bullshit job soulève plusieurs questions en termes d’utilité sociale, mais aussi en termes d’impact sur la personne qui occupe ce poste. Selon Jean-Pierre Brun, la reconnaissance du travail d’un employé peut se faire à travers quatre aspects :

  • La reconnaissance de la personne : reconnaître l’individu et non le salarié, 
  • Les résultats : résultats effectifs, observables et mesurables du travail, 
  • L’effort : les résultats obtenus ne sont pas forcément proportionnels aux efforts fournis,
  • La reconnaissance des compétences. 

Le but est donc de valoriser le travail effectué par un employé à travers ces dimensions pour augmenter le sentiment de reconnaissance et donner du sens au travail.

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Auteur de l’article : Pierre Vallin, étudiant en Master PSTO à l’Université Catholique de Lille.