Les biais cognitifs sont des distorsion dans le traitement cognitif d’une information. Souvent inconscients, ils provoquent une déviation de la pensée logique et rationnelle par rapport à la réalité en faisant opérer au sujet qui en est victime une sélection des informations à considérer et/ou bien une sélection des réponses à fournir à ces informations.

Biais cognitifs et heuristiques de jugement : quelles différences ?

Souvent connotés négativement, il faut garder à l’esprit que les biais cognitifs procèdent souvent d’heuristiques de jugement qui ont une réelle fonction : elles permettent de porter rapidement et intuitivement des jugements ou d’aboutir à des décisions de manière plus simple et moins laborieuse que ne le permettrait un raisonnement analytique qui tiendrait compte de toutes les informations pertinentes.

De tels mécanismes ont pu être utiles d’un point de vue évolutif, dans un environnement naturel, afin d’effectuer des évaluations ou des actions plus performantes. Néanmoins, ils se retrouvent inadaptés dans le contexte artificiel que sont les sociétés humaines.

Heuristique de jugement : définition

Une heuristique, au sens large, est l’art d’inventer, de faire des découvertes. Le mot vient du grec heurískô (« trouver ») duquel est aussi issu la fameuse expression d’Archimède : « Eurêka ! » (« j’ai trouvé ! »).

Une heuristique de jugement est donc le fait de produire des jugements dont on cherchera à comprendre les mécanismes.

Plus précisément, il s’agit de raccourcis cognitifs, de règles qui conduisent à des approximations souvent efficaces, mais faillibles. Les heuristiques reposent en général sur un traitement partiel des informations disponibles. Elles permettent notamment de :

  • Simplifier les problèmes,
  • Réduire les incertitudes,
  • Proposer des réponses socialement acceptables,
  • Aboutir à un jugement et à une décision lorsque les ressources cognitives sont limitées : en temps, en informations, en intérêt, en capacité cognitive, etc.

Ainsi, la différence entre heuristique et biais cognitif tient au fait que le biais cognitif est le résultat, la distorsion de raisonnement en elle-même, alors que l’heuristique est la mécanique qui rend la distorsion et le biais possibles.

5 biais cognitifs à repérer pour mieux les éviter

Biais cognitif n°1 : l’effet de halo

L’effet de halo, ou effet de contamination, est le biais cognitif selon lequel une caractéristique d’un individu oriente l’évaluation globale que l’on s’en fait. Cette vision globale, suscitée par une caractéristique, conduit à percevoir toutes les autres caractéristiques en ce sens.

Ainsi une caractéristique jugée positive à propos d’une personne a tendance à rendre positive ses autres caractéristiques, même si on ne les connaît pas. À l’inverse, une caractéristique jugée négative aura tendance à rendre négatives les autres caractéristiques.

Une manifestation commune de l’effet de halo est la confusion entre le beau et le bien, ou le fait de juger une personne, ou une chose, en premier lieu sur son apparence. À cause de l’effet de halo, on aura tendance à percevoir les personnes que l’on juge belles en apparence comme plus intelligentes et plus compétentes.

Ce biais cognitif peut mener à de nombreuses erreurs de jugement dans la sphère professionnelle et notamment au moment de l’embauche. Le CV sans photo est un moyen d’éviter cette manifestation particulière de l’effet de halo.

L’effet de halo peut également nous amener à percevoir une personne qui nous est peu sympathique comme peu compétente professionnellement, alors qu’il s’agit de deux choses différentes.

Comment se prémunir de ce biais cognitif ?

Le fait de connaître l’effet de halo ne permet pas vraiment de s’en immuniser. Néanmoins, quelques stratégies peuvent être appliquées pour minimiser ses effets.

Pour éviter qu’autrui nous juge globalement de manière négative, il est ainsi mieux d’éviter de parler de ses défauts à une personne que l’on connaît peu. On préfèrera plutôt mettre en avant ses qualités et ses compétences… du moins dans un premier temps.

Pour éviter d’avoir des jugements injustes envers les autres, on peut s’attacher à réévaluer a posteriori l’opinion que l’on a des personnes que l’on ne connaît pas ou peu. On évitera ainsi d’en rester à la première impression qui, à cause de l’effet de halo, peut devenir une impression globale.

Dans le cas des échanges professionnels, et particulièrement des recrutements, on peut mettre en place une grille objective de caractéristiques attendues ou de questions précises afin d’éviter autant que possible les interprétations biaisées.

Biais n°2 : le biais de confirmation d’hypothèse

Le biais de confirmation, ou biais de confirmation d’hypothèse, pousse un individu à chercher des éléments qui soutiennent les idées ou hypothèses qu’il a déjà formulées, consciemment ou non, et à parallèlement occulter celles qui vont dans le sens contraire.

Ce biais est difficile à éviter car il oriente tout à la fois :

  • la recherche d’information,
  • l’interprétation que l’on en fait,
  • ce que l’on va garder en mémoire.

À cause du biais de confirmation, un individu aura tendance à renforcer ses jugements et choix passés et à négliger ce qui les contredit. Les preuves de son erreur peuvent parfois même mener à un braquage qui va renforcer ses croyances.

Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer ce biais : 

  • Le rôle du désir dans la pensée (former des croyances à partir de ce qu’il est agréable d’imaginer),
  • La limitation de la capacité humaine à traiter l’information,
  • Le coût d’être dans l’erreur, etc.

Comment se prémunir de ce biais cognitif ?

Prendre conscience de ce biais n’est pas facile. Il n’est pas humainement possible de le supprimer mais des efforts peuvent être faits pour limiter son impact. Avec l’habitude, il est ainsi possible de reconnaître le rôle qu’il joue dans notre façon d’interpréter l’information et d’ainsi « corriger le tir ».

Pour cela, les méthodes de la science peuvent être de précieux auxiliaires. En science, toute vérité est considérée comme telle tant qu’on n’a pu démontrer, preuve à l’appui, qu’elle était fausse. On peut donc s’attacher à s’interroger sur ses opinions et s’efforcer de leur chercher des contre-arguments.

Mais pour cela, il faut d’abord pouvoir identifier les opinions tributaires du biais de confirmation. Pour cela, vous pouvez par exemple vous poser les questions suivantes :

  • Avec quoi suis-je tombé d’accord automatiquement ?
  • Quels éléments ai-je rejetés ou ignorés sans même m’en rendre compte ?
  • Comment ai-je réagi quand j’étais d’accord ?
  • Et quand je n’étais pas d’accord ? 
  • Est-ce que cette présentation/réunion/discussion a confirmé des idées que j’avais déjà ? Pourquoi ?
  • Et si je considérais l’hypothèse contraire ?

Biais cognitif n°3 : l’erreur fondamentale d’attribution

L’erreur fondamentale d’attribution est une erreur automatique qui consiste à attribuer des caractéristiques internes (caractère, intentions, émotions, connaissances, opinions, etc.) aux personnes au détriment des contraintes externes (environnementales, situationnelles).

De manière globale, ce biais cognitif nous prédispose à considérer que le comportement des gens est le reflet de leur personnalité, alors qu’il est en réalité davantage le résultat d’une situation.

Par exemple, si une personne en colère formule des critiques violentes, l’erreur fondamentale d’attribution attribuera ces propos à la colère (cause interne) plutôt qu’à la situation qui a provoqué la colère (cause externe).

En lien avec ce processus d’internalisation, deux autres biais peuvent aider à mieux comprendre l’erreur fondamentale d’attribution :

  • Le biais dispositionnel, qui consiste à expliquer les conduites d’autrui par des causes internes, personnelles plutôt que situationnelles.
    Selon ce biais, si une personne a un accident, on aura tendance à la juger imprudente plutôt que de penser que la route était glissante. À l’inverse, appliqué à soi, on aura tendance à plus considérer les causes externes que les causes internes (« ce n’est pas ma faute »).
  • De manière similaire, le biais d’auto-complaisance nous pousse à trouver des causes externes à nos échecs et des causes internes à nos succès.
    Exemple : J’ai réussi cet examen parce que je suis intelligent et travailleur ; j’ai raté cet autre parce qu’il était trop difficile.

Comment se prémunir de ce biais cognitif ?

Aujourd’hui, la psychologie considère que tout comportement humain doit toujours être analysé à la lumière de la situation dans laquelle la personne se trouve.

L’erreur fondamentale d’attribution relève d’une absence de considération pour cette situation.

Pour se prémunir de ce biais cognitif, on peut s’attacher à toujours remettre les choses en contexte et se questionner sur l’influence de ce contexte sur le comportement des personnes.

Il est aussi important de ne pas essentialiser les personnes, car cela tend à nous faire penser que leurs comportements sont prédictibles. Si une personne présente des retards, des erreurs ou encore des manquements, l’erreur fondamentale d’attribution nous conduira à penser que c’est une personne paresseuse, alors qu’il est nécessaire de remettre tous ces événements en contexte afin de comprendre les vraies raisons qui les ont rendu possibles.    

Biais n°4 : le biais de supériorité

Le biais de supériorité, ou supériorité illusoire, désigne la tendance à se croire plus habile et plus apte qu’autrui. Cela procède principalement d’une surestimation de ses propres qualités et capacités qui entraîne par conséquence une dévalorisation de celles d’autrui.

Tout comme le biais d’auto-complaisance, le biais de supériorité est une des nombreuses illusions positives relatives à soi-même.

De nombreuses expériences ont montré que, si on demande à un groupe de personnes de se situer dans la moitié la plus compétente ou la moitié la moins compétente de ce même groupe, pour une tâche donnée, le pourcentage de personnes s’estimant compétentes sera bien plus élevé que 50 %.

Un des mécanismes qui participe à expliquer ce biais est que les personnes qui ont réellement le plus de mal dans l’exécution d’une tâche sont aussi les moins aptes à reconnaître les compétences requises pour bien les effectuer.

Non sans lien avec la notion d’estime de soi, le biais de supériorité pourrait aussi être lié à la culture des individus. Certaines études indiquent ainsi qu’en Asie de l’est, où le groupe demeure plus important que l’individu, les personnes ont tendance à sous-estimer leurs propres capacités afin de s’améliorer et de s’entendre avec les autres.

Comment se prémunir de ce biais cognitif ?

Le risque principal de ce biais n’est pas tant pour soi que pour les autres qui risquent de se trouver écrasés par une personne pensant mieux savoir et mieux faire qu’eux.

Pour contrer ce biais, il ne s’agit pas de minimiser ses compétences ou de réduire son estime de soi mais il peut néanmoins être judicieux de garder à l’esprit qu’il y a beaucoup de choses que l’on ignore. « Je sais que je ne sais rien » disait Socrate.

Il s’agit donc de faire preuve d’humilité et d’altérité : écouter les autres, ce qu’ils ont à dire, même si on pense mieux savoir qu’eux. Pour cela l’écoute active ou encore la Communication Non Violente peuvent être des outils utiles !

Biais cognitif n°5 : le biais pro-endogroupe

Le biais pro-endogroupe consiste en une forme de favoritisme pour les membres de son ou ses groupes d’appartenance (les endogroupes) sans même les voir ou les connaître.

Ces groupes peuvent être formés sur des critères variés : nationaux, ethniques, religieux, par préférences, de travail, etc.

Si un tel biais permet un meilleur sentiment d’appartenance et une meilleure cohésion de groupe, il peut également mener à des conflits avec d’autres groupes : préjugés, discriminations, actions néfastes, etc. 

Souvent, la réussite d’un groupe suppose l’échec d’un autre groupe (par exemple lors d’un match de sport, d’une compétition). Le biais pro-endogroupe n’a alors pas seulement tendance à favoriser les causes favorables pour le groupe d’appartenance, mais aussi les causes défavorables pour les groupes autres (les exogroupes).

Un autre effet du biais pro-endogroupe est qu’il altère la perception des individus : on percevra ainsi les membres de son groupe comme uniques et différents les uns des autres, alors que les membres de l’exogroupe auront tendance à être perçus comme similaires, voire identiques.

Le biais pro-endogroupe peut recouper beaucoup d’autres biais :

  • L’effet de halo : l’appartenance ou non au groupe va déterminer l’impression globale que l’on a d’un individu (un candidat qui a étudié dans la même université que vous, une personne militant pour un parti politique avec lequel vous êtes en désaccord, etc.)
  • Le biais de confirmation d’hypothèse : on aura tendance à sélectionner et retenir les informations favorables à l’endogroupe et défavorables à l’exogroupe,
  • Le biais de supériorité : on voit son groupe comme meilleur que les autres,
  • L’erreur fondamentale d’attribution : l’attribution de caractéristiques internes au détriment des contraintes externes ne s’applique plus à une personne mais à un groupe,
  • etc.

Comment se prémunir de ce biais cognitif ?

Dès lors que l’on fait partie d’un groupe — et volontairement ou non, nous faisons tous partie de groupes —, le risque d’exprimer un biais pro-endogroupe existe.

Pour réduire son impact négatif, il faut tout d’abord avoir conscience de ce biais et réévaluer à la fois l’endogroupe et l’exogroupe, en envisageant pour chacun les caractéristiques positives et négatives.

Pour cela, il s’agit avant tout de faire preuve d’empathie et d’essayer d’envisager la vision et l’opinion de l’autre. Afin de réduire les préjugés, il peut aussi être intéressant de rentrer en contact “long” avec un membre de l’autre groupe pour apprendre à le connaître, ou encore de partager des objectifs communs avec les membres d’un exogroupe !

En bref

Nul n’est exempt de biais cognitifs et vouloir s’en débarrasser est finalement assez vain. Néanmoins, il est possible de limiter leur impact négatif. Pour cela la recette est toujours un peu la même :

  • Connaître les différents biais cognitifs pour pouvoir les identifier chez soi,
  • Être humble et remettre régulièrement en question ses pensées, jugements et opinions,
  • Éviter l’impulsivité et prendre le temps d’analyser les comportements et leurs contextes,
  • Faire preuve d’empathie envers autrui pour essayer d’envisager la situation de son point de vue.

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