Sébastien Vaumoron est consultant au cabinet Evimeria et est spécialisé dans la prévention des addictions, du stress et du burn out. Il accompagne les collaborateurs et les entreprises dans la réduction des risques psychosociaux ainsi que dans le développement de la Qualité de Vie au Travail. Il est également très investi dans la formation des étudiants en ressources humaines et management. Dans cet article, Sébastien nous parle nutrition et burn out . Quel lien peut avoir l’alimentation dans la prévention du burn out ? Il nous apporte de précieux conseils sur le sujet. 

En mars 2017, la Haute Autorité de la Santé publiait son dossier consacré au Syndrome d’Épuisement Professionnel, ou plus couramment appelé « burn out ». Elle nous indiquait qu’il s’agit d’un « épuisement physique, émotionnel et mental qui résulte d’un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes sur le plan émotionnel ». Les causes de cet épuisement peuvent être multiples : dissonance cognitive, dissonance émotionnelle, surcharge de travail etc. Mais avant d’en arriver à cet épuisement qui nécessite généralement une large prise en charge médico-psychologique, il est possible de mettre assez facilement en place des actions prévention des Risques Psycho-Sociaux, des actions de préservation et développement de la Qualité de Vie au Travail, et le tout dans une perspective de réussite, mais aussi de bien-être physique et psychique où, nous le verrons, notre alimentation tient une place importante. Nutrition et burn out sont moins éloignés que ce que l’on peut penser. 

Partons d’abord de l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle. Il est nécessaire de pouvoir « couper » avec le travail, de prendre son « droit à la déconnection » de façon à alléger la charge mentale et de garder du temps pour soi, son conjoint, la famille, les amis. De plus, être fatigué au travail nous rend moins efficace et allonge le temps nécessaire pour traiter une tâche, avec un risque d’erreurs et d’inattention. Mieux vaut donc ne pas allonger sa journée et conserver des moments de repos pour notre cerveau. 

Ensuite, il faut se ménager des « espaces de récupération » dans la semaine. Cela consiste en activités de détente/loisir qui ne sont pas soumises à une exigence de réussite telle que l’on peut en avoir au travail. Il faut que cela soit un loisir que l’on apprécie, qui nous aide à nous ressourcer, même s’il y a un enjeu de réussite interne à l’activité. Jouer de la musique, faire du sport, collectionner des timbres, jardiner, aller voir des expositions, organiser une soirée en couple ou entre amis peuvent être d’excellents « espaces de récupération ». Le sport, avec une demi-heure de cardio deux ou trois fois par semaine, même à faible intensité, suffit pour libérer des neurotransmetteurs bénéfiques pour notre cerveau. Pratiqué sur la pause méridienne dans une organisation du travail positive, cela permettra à la fois de constituer un bon « espace de récupération » au milieu de la journée, de libérer d’éventuelles tensions accumulées sur la matinée de travail, et d’aider notre cerveau à mieux fonctionner. Fait entre collègues et/ou amis, cela permet de concilier le travail avec l’entretien physique, la vie personnelle et sociale !

Enfin, notre alimentation est essentielle, nutrition et burn out sont également liés. En effet, notre cerveau consomme environ 20% de notre énergie, et il fonctionne avec des neurotransmetteurs dont la dopamine, la noradrénaline, l’adrénaline et la sérotonine. Certains activent notre attention, concentration, motivation, notre circuit de la récompense, d’autres régulent notre stress, anxiété, irritabilité, humeur… En situation d’épuisement professionnel, ils ont tendance à s’effondrer. C’est alors le début des problèmes d’inattention, de concentration, de mémorisation, et donc de performance. Stress, irritabilité et anxiété peuvent aussi apparaître, amenant potentiellement des difficultés relationnelles. Le risque d’épuisement psychique, de début de dépression et de burn out peut nous guetter…  Certains ont recours à des stimulants tels que le tabac, le café, les boissons énergisantes. Mais attention car cela masque l’épuisement et rend la situation encore plus complexe, voire néfaste pour notre santé.

Or, ces neurotransmetteurs se fabriquent à partir d’acides aminés (phénylalanine, tyrosine, tryptophane…) présents dans notre assiette, et leur bon fonctionnement est associé à l’équilibre omégas 3 et 6. Les aliments riches en phénylalanine et tyrosine sont à privilégier le matin et le midi tels que le lait, les oeufs, l’avocat ou les tomates. Le soir ce sont ceux riches en tryptophane tels que banane, carré de chocolat ou encore le riz complet qui sont à privilégier. Pour l’équilibre des omégas 3 et 6, les petits poissons gras et l’huile de lin sont d’excellentes sources d’omégas 3. Cela permet aussi de contribuer à un apport suffisant en iode, possiblement impliquée dans la fatigue chronique. Une corrélation peut être faite entre nutrition et burn out . 

Ainsi, en première intention, il convient donc de rééquilibrer la vie professionnelle et personnelle pour réduire les risques. Le second aspect est de préserver ou de réintroduire des « espaces de récupération » avec des moments de loisir/détente, y compris sur la journée de travail pour améliorer la qualité de vie au travail. La pause méridienne peut être excellente pour cela, à condition de ne pas lui sacrifier le repas… car notre alimentation est au centre de notre bonne santé physique et psychique (n’oublions pas le rapport entre nutrition et burn out ). Enfin, il faut maintenir 3 repas par jour plus un fruit à 16-17h si le dîner est tard. Notre alimentation doit être variée et équilibrée, adaptée aux besoins de notre cerveau, tout en se faisant plaisir à table. Il ne faut pas oublier que la nutrition et le burn out peuvent être intimement liés. Ces trois axes sont une excellente démarche de prévention primaire du burn out !