Patricia Acensi-Ferré est présidente de l’association Envie2Résilience. Alors qu’elle était responsable des relations avec les élus au Centre des monuments nationaux, elle apprend qu’elle est atteinte d’un cancer du sein en 2013. Après les traitements, elle se rend compte qu’elle ne souhaite plus continuer à travailler dans les mêmes conditions. Cet évènement marquant va être le point de départ de sa reconversion professionnelle. Elle va alors s’interroger sur la question de la résilience professionnelle afin de mieux comprendre ses enjeux et ainsi accompagner les entreprises dans son développement. Dans quelle mesure la résilience professionnelle est-elle une capacité à développer au sein des entreprises ?

La résilience professionnelle, un éveil des consciences qu’il n’est pas toujours évident de provoquer

La résilience professionnelle n’est pas un terme simple à définir. Et pour cause, lorsqu’on demande à Patricia d’en donner une définition elle explique que la résilience professionnelle est un thème encore peu évoqué. Il est donc assez difficile de poser une définition. C’est pour cette raison qu’elle a décidé de lancer une démarche de recherche action afin de permettre à tout un chacun d’être informé sur le sujet et d’aider à développer cette capacité au sein des entreprises aussi bien au niveau individuel que collectif. Tout part de la question suivante : comment fait un individu pour se relever après un effondrement important au sein de son environnement personnel ou professionnel ? La résilience ne naît pas d’une simple difficulté mais bien d’un effondrement, d’un moment « dur » et marquant. L’intérêt est d’observer ce que dernier génère dans le monde professionnel.

Elle voit en ces effondrements quelque chose de puissant qui peut permettre d’avancer positivement. Elle est convaincue d’une chose : “De nos effondrements, on peut faire renaître quelque chose qui soit vertueux professionnellement”.

Les individus ont un potentiel de résilience et c’est le monde professionnel dans lequel ils évoluent qui peut favoriser ou non son éclosion. Par exemple, la « simple » capacité de l’entreprise à dire les choses et à accepter certaines situations compliquées va générer plus ou moins de résilience chez les individus. Il faut en effet que l’entreprise soit ouverte pour se parer à d’éventuels changements et pouvoir ainsi se relever lorsqu’ils se produisent. Que l’événement touche un collaborateur en particulier (maladie, burn out, un licenciement…) ou un collectif.

Une compétence à développer en faveur d’une meilleure performance économique et sociétale

Beaucoup d’entreprises restent dans le déni voire dans la phobie de la vulnérabilité, de l’erreur et de l’échec alors qu’elles même sont challengées, parfois violemment. Pourtant, une entreprise qui s’intéresse à la question de la résilience est en capacité de mieux affronter certains changements importants, notamment ceux générés par la transformation digitale. On ne peut pas forcément éviter les « chocs » mais on peut réagir plus rapidement sur certains d’entre eux et répondre positivement, évitant les effets double-peine délétères sur les résultats et les recrutements. Il est fondamental pour les collaborateurs de sentir qu’ils sont accompagnés lors de moments difficiles. Et cela change tout en termes d’engagement, de créativité et donc de performance respectueuse de l’humain. Il s’agit d’un principe de réalité et de bon sens. C’est le message que Patricia souhaite transmettre.

Afin de démontrer les enjeux de la résilience professionnelle et d’éveiller les consciences, elle s’est lancée en 2017 dans la création d’une association, Envie2Résilience (E2R) pour porter ce sujet au cœur de la performance économique, sociale et sociétale. Cette démarche prend appui sur une 1ère étape, le prix de la résilience professionnelle, dont la remise des prix s’est déroulée le lundi 1er avril dernier au Sénat. Cette première édition a reçu 50 candidatures dans plusieurs catégories (recherche, accompagnement, prévention et rebond) et réunit plus de 200 personnes. La soirée, parrainée par Ryadh Sallem, champion para-olympique, a été animée par David Abiker, journaliste et chroniqueur sur Europe 1 et Canal +. Le Prix a reçu le patronage de la ministre du Travail.

Au-delà de valoriser et d’assurer une forte communication aux acteurs pour renforcer leurs actions, leur objectif est de créer une communauté pluridisciplinaire et auto-apprenante composée de résilients, de chercheurs, de dirigeants et d’experts, notamment des RH, du digital et de la RSE… pour lever le tabou des vulnérabilités et construire de nouveaux modèles de résilience professionnelle. Des retours positifs qui montrent que la résilience professionnelle fait parler d’elle et que beaucoup d’entreprises sont ouvertes et curieuses sur le sujet.